Naviguer dans la tempête : Sécurité, participation et leadership à l’Office national de l’énergie

Allocution devant la Chambre des ressources de l'Alberta
Prononcée par Peter Watson, président de l'Office national de l'énergie
Edmonton (Alberta)
Le vendredi 6 février 2015

L’allocution prononcée fait foi.

Introduction

  • Merci Leon.
  • C’est un véritable plaisir que de me retrouver devant tant de visages connus, et en terrain familier au sens propre comme au sens figuré, revenant tout juste de la première étape d’une initiative nationale de sensibilisation qui m’a permis de sillonner les Maritimes.
  • J’ai travaillé en étroite collaboration avec bon nombre d’entre vous au fil des ans afin de permettre à la province de l’Alberta de mettre ses ressources en valeur en conciliant dimensions environnementales, sociales et économiques.
  • J’ai eu des discussions de même nature avec les personnes que j’ai rencontrées dans les différentes provinces de l’Est du pays, mais selon la perspective de l’organisme national de réglementation de l’énergie que je représente.
  • Je suis ici aujourd’hui pour vous parler de la vision de l’Office national de l’énergie pour ce qui est de l’équilibre à trouver, et de la manière dont il entend poursuivre sa mission alors qu’il se trouve, et vous êtes certainement nombreux à me l’avoir déjà entendu dire, dans l’œil de la tempête.

La tempête

  • Quand on dit « savoir de quel côté le vent souffle », cela signifie habituellement qu’on a une assez bonne idée du monde qui nous entoure et de la façon d’y réagir. À l’Office, toutefois, le vent souffle de toutes parts.
  • L’Office s’est ainsi retrouvé en eaux inconnues ces dernières années...
    • comme en première page des journaux partout au Canada.
  • Cela peut sembler assez banal pour certaines organisations prestigieuses représentées dans cette salle, mais toute cette visibilité contraste certainement beaucoup avec ce qu’avait connu l’Office au cours des décennies précédentes.
    • Il s’occupait alors de traiter les demandes sans que le public ni les médias ne lui portent grande attention.
  • Mais récemment, tout a basculé.
    • En 2008, l’Office a reçu un total de 80 appels des médias.
    • L’année dernière, il en a reçu plus de 600.
  • En 2006, l’Office a tenu une audience à laquelle ont assisté huit intervenants dans le cadre du projet de pipeline Trans Mountain devant traverser un parc national.
    • Aujourd’hui, il y a 400 intervenants pour l’audience du projet de pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan.
  • Pour certains, c’est l’éruption sur la plateforme Horizon de BP en 2010 qui a tout changé alors que des millions de barils de pétrole se sont échappés dans le golfe du Mexique.
    • Pour d’autres, c’est plutôt la rupture du pipeline d’Enbridge à Kalamazoo, survenue au Michigan plus tard au cours de cette même année.
  • Lorsque la commission d’examen conjoint Northern Gateway a mené à terme ses travaux en 2013, elle avait examiné la rétroaction de 1 450 participants et reçu 9 500 lettres de commentaires.
    • Dans très peu de temps commencera l’audience sur l’oléoduc Énergie Est, et nous nous attendons à ce que plus de 5 000 personnes participent à ce processus.
    • Cet examen pourrait très bien représenter la plus grosse audience de l’histoire de l’Office.
    • En effet, celui-ci n’aura encore jamais examiné un projet pipelinier d’aussi grande envergure.
  • Les attentes à notre endroit semblent porter sur le palmarès complet des grandes questions énergétiques du xxie siècle au pays :
    • diriger le débat sur les changements climatiques;
    • élargir l’accès aux marchés pour les produits énergétiques canadiens;
    • permettre à un plus grand nombre de personnes de prendre part à notre processus;
    • éliminer les lourdeurs administratives;
    • aller plus vite;
    • ralentir;
    • s’assurer que les pipelines ne flanchent jamais;
    • répondre à tous intervenants tout en faisant toujours preuve de la plus grande neutralité.
  • Nous nous retrouvons ainsi en pleine tempête.
  • Alors que j’étais de passage à Halifax il y a une dizaine de jours, des étudiants opposés au projet Énergie Est ont manifesté à l’Université Dalhousie afin de protester contre le fait que nos rencontres n’étaient pas ouvertes au public, et plus tôt cette semaine, un groupe de protestataires représentant 350.org. Greenpeace et le Conseil des Canadiens s’est présenté à nos bureaux de Calgary pour y livrer des milliers de lettres demandant la modification de notre processus.
  • Et les plans et priorités de l’Office cherchent donc principalement, en ce moment, à lui permettre de naviguer dans cette tempête. J’y reviendrai un peu plus tard.

Nous sommes tous dans le même bateau

  • Mais d’abord, je voudrais pousser encore un peu plus loin cette idée d’œil de la tempête en évoquant le fait qu’à mon avis, tous les acteurs de cette industrie se trouvent dans le même bateau, et que certaines des perceptions du public, et même ses attentes, au sujet de la mise en valeur des ressources, valent aussi bien pour les entreprises qui évoluent dans les différents secteurs de l’industrie que pour nous, en notre qualité d’organisme de réglementation de cette industrie.
    • Je fais ici allusion à l’attention sans précédent qu’on porte aux pratiques des entreprises, qu’il s’agisse de consultation, de dossier de sécurité ou de rendement opérationnel.
    • Et les attentes en matière de participation du public comme de transparence n’ont jamais été aussi élevées.
  • Il est vrai de dire que, dans le milieu où nous évoluons, le grand public ne fait pas de distinction entre les défis que doivent relever les diverses composantes de l’industrie pétrolière et gazière, ni même les autres industries primaires.
    • Par exemple, la perception qu’a le public des activités de production pétrolière et gazière en amont lui revient tout naturellement à l’esprit quand il s’agit de l’utilisation du pétrole et du gaz en aval. Un incident majeur à n’importe quelle étape de la chaîne d’approvisionnement, ou un problème avec le bassin de décantation d’un projet minier, comme ce fut le cas récemment en Colombie-Britannique, fait que le public a moins confiance dans l’industrie à tous les niveaux.
  • C’est dans ce sens que nous sommes tous dans le même bateau, les entreprises en amont comme en aval et les organismes de réglementation, que ce soit pour le pétrole, le gaz, les mines ou toute autre composante du secteur primaire.
    • Personne ne peut faire preuve de complaisance dans de telles circonstances, car les enjeux sont trop élevés quand on parle de confiance du public.

La recherche d’un équilibre

  • Comme je l’ai mentionné plus tôt, ceux avec qui j’ai collaboré étroitement dans le passé connaissent ma position dans le débat sur l’énergie.
    • J’ai remarqué que, trop souvent, ce qui se dit sur la place publique lorsqu’il est question d’énergie et d’environnement l’est en mode d’opposition, l’un est bien, l’autre est mal, et il faut gagner à tout prix.
    • Mon expérience m’a enseigné que ce n’est pas si tranché. Tout n’est pas blanc OU noir mais bien à la fois blanc ET noir.
  • C’est l’un des aspects passionnants du travail à l’Office, un des rares organismes au pays qui cherche à créer un équilibre entre ces points de vue disparates autour de projets précis.
    • Chaque projet examiné l’est en tenant compte précisément de l’équilibre entre les critères déjà énoncés, soit les aspects environnementaux, économiques et sociaux de la proposition mise de l’avant.
  • Ce sont là les fondements mêmes de notre mandat de défense de l’intérêt public qui, à notre avis, « englobe les intérêts de tous les Canadiens et consiste en un équilibre entre les intérêts économiques, environnementaux et sociaux qui change en fonction de l’évolution des valeurs et des préférences de la société ».
  • Les 13 membres de l’Office profitent du soutien d’un effectif de quelque 450 personnes qui proviennent de presque toutes les disciplines professionnelles présentes dans le secteur des ressources, notamment des ingénieurs, des spécialistes de l’environnement et en participation, des auditeurs, des inspecteurs, des avocats et des économistes.
    • Notre personnel a les compétences pour aborder et analyser un projet sous tous les angles en tenant compte de tous les facteurs pouvant intervenir.
  • L’une des choses que j’ai constatée, et qui démarque l’Office, est que la fierté éprouvée à l’égard du travail accompli est immense, qu’il s’agisse de la gestion d’audiences complexes, d’inspections menées le long de pipelines ou de la multitude d’autres tâches exécutées quotidiennement pour assurer la sécurité et la fiabilité de l’infrastructure énergétique du pays.
  • J’ai donc la certitude que l’Office dispose du personne voulu pour s’acquitter de son mandat de réglementation en tenant pleinement compte de ce fragile équilibre entre les diverses composantes de « l’intérêt public » des Canadiens.
  • Mais pour en revenir à la tempête, d’où vient-elle donc? Je vous ai donné quelques exemples précis d’incidents qui sont survenus ces dernières années et qui ont grandement influencé la perception que le public a du secteur pétrolier et gazier.
  • En général, il semble que la nature même de « l’intérêt public » évolue ET change au fil du temps. Cela se produit à l’heure actuelle, et c’est particulièrement évident dans le débat sur l’énergie au Canada, à quelque niveau que ce soit.
  • Comment, alors, réagir à de tels changements? Comment gagner la confiance du public et le convaincre que nos activités sont dans l’intérêt de tous les Canadiens? L’Office tente actuellement de répondre à ces questions, et l’orientation stratégique prise vise à y aller de plein front.

Sécurité, participation et leadership

  • Premièrement, la sécurité est, encore et toujours, notre objectif premier.
  • La sécurité est au cœur même du travail que nous accomplissons, car rien d’autre ne compte en cas de défaillance.
  • L’Office continuera d’élaborer, de peaufiner et de communiquer les mesures qu’il prend en matière de sécurité des pipelines et de protection de l’environnement.
  • Nous accordons davantage d’importance aux tendances, à l’analyse des causes fondamentales et aux enjeux systémiques, dont nous dégagerons des mesures de conformité et d’exécution élargies plus proactives.
  • Et dans cette optique, en plus de porter une attention spéciale à la prévention des incidents, l’Office s’emploiera à favoriser l’instauration d’une culture de sécurité dans l’industrie à l’origine de moins grands risques d’incidents.
  • Nous devons nous assurer que l’industrie, dans ce domaine, continue de montrer un bon rendement, et de l’améliorer.
    • Je sais pertinemment que pour certains, en particulier dans le secteur amont, les temps sont difficiles à bien des égards et le milieu opérationnel n’y échappe pas.
    • Mais plus que jamais, l’industrie doit tenir la garde haute. La sécurité et l’excellence opérationnelle ne doivent pas être des aspects sur lesquels on se concentre uniquement lorsque tout va bien. En fait, ces questions sont encore plus critiques quand ce n’est pas le cas.
    • L’Office tient à établir un lien plus tangible entre les mesures ciblées qu’il prend, sur le plan de la sécurité et de l’application de la réglementation, et le rendement en sécurité des sociétés se son ressort.
    • L’Office ne doit pas s’assoir sur ses lauriers et faire preuve de complaisance en se disant que ses systèmes de surveillance fonctionnent bien. Il doit constamment évaluer ses façons de procéder et les mettre à l’épreuve, au même titre que les hypothèses qui y sont sous-jacentes. Il ne peut jamais tenir pour acquis la sécurité des pipelines, qu’il doit assurer, ni leur bon fonctionnement. Et j’oserais affirmer que personne dans cette salle ne le peut non plus.
  • Deuxièmement, cette attention accordée à la sécurité sera renforcée par une approche plus stratégique et plus dynamique axée sur la participation et l’écoute de la population canadienne.
  • Concrètement, cela signifiera que l’Office tendra la main aux Canadiens en dépassant le cadre de ses processus de réglementation, afin de bien comprendre les besoins propres des régions et du Canada dans son ensemble en matière de mise en valeur des ressources énergétiques, et aussi qu’il aidera la population à mieux comprendre le rôle qu’il joue à cet égard.
  • Il est d’importance primordiale d’être proactif et transparent. Nous avons remarqué qu’il était essentiel de démystifier le travail que nous faisons en qualité d’organisme de réglementation, de mieux expliquer nos processus et les motifs des décisions que nous rendons.
  • La transparence est une question d’actualité pour les Canadiens.
    • C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles l’Office a décidé d’ouvrir deux petits bureaux auxiliaires, l’un à Vancouver et l’autre à Montréal.
    • Ces deux nouvelles portes d’entrée nous rendront des plus accessibles et nous permettront de mieux comprendre les besoins et les préoccupations des parties prenantes, et par ailleurs de les aider à mieux comprendre ce que nous faisons, ainsi que la manière dont nous nous y prenons et les modes de participation à leur disposition.
    • Dans certains cas, nous nous appliquerons à expliquer pourquoi nous ne pouvons pas faire ce qui est demandé ou pour quelles raisons les attentes exprimées peuvent ne pas être raisonnables.
    • La voie à suivre passe nécessairement par la franchise et la création de liens durables.
  • Il est temps pour l’organisme de réglementation de sortir de son isolement et de se rendre dans les collectivités, jusque dans les cuisines des gens.
  • Comme je l’ai déjà mentionné, en compagnie de certains membres de l’Office j’ai rencontré des Canadiens et échangé avec eux sur les questions de la sécurité et de l’environnement.
  • Nous organiserons, dans chacune des provinces, des rencontres avec un large éventail de personnes, dont des piliers de diverses collectivités, des groupes autochtones, du personnel d’intervention en cas d’urgence et des associations de propriétaires fonciers.
  • Nous avons d’ailleurs déjà commencé et poursuivrons dans cette veine au cours des prochains mois.
    • Le fait d’entretenir des relations avec les Canadiens ne leur fera pas accepter ou rejeter davantage les projets de mise en valeur des ressources énergétiques ou la construction d’installations, mais ils auront une meilleure compréhension de qui nous sommes, de ce que nous faisons et de ce que nous ne pouvons pas faire. J’ai la conviction que les échanges qui en découleront seront une source d’aide pour l’Office, qui doit naviguer dans la mer agitée des attentes de la population à son endroit.
    • Je dois mentionner qu’à la conclusion de l’initiative nationale de sensibilisation, nous prévoyons tenir une conférence technique sur la sécurité des pipelines qui réunira, à Calgary, des spécialistes de la question. J’espère sincèrement y voir certains d’entre vous!
  • Montrer la voie de l’excellence en matière de réglementation est la troisième priorité de l’Office.
    • Nous sommes un organisme de réglementation « de classe mondiale » et nous entendons bien que nos actions nous permettront d’être perçus comme tel.
  • L’Office s’emploie à élaborer et à mettre en œuvre un cadre de travail visant l’excellence en matière de réglementation.
    • Cela signifie que des mesures sont prises afin de définir la notion d’excellence pour l’Office, et une structure est en cours d’implantation pour encadrer l’autoévaluation, les études comparatives et la mesure du rendement.
  • Notre objectif est de faire la démonstration, quantitativement et qualitativement, de l’efficacité de nos programmes à atteindre leur cible et à produire les résultats escomptés.

Pendant ce temps, nous ne perdons pas non plus de vue l’étude sur les chefs de file de la réglementation menée par l’Alberta Energy Regulator. J’assisterai d’ailleurs au sommet sur cette question organisé à l’université de Pennsylvanie en mars, et nous espérons collaborer à cette initiative avec l’organisme albertain pour la conclusion de la première étape des recherches en juin.

Conclusion

  • Donc, en terminant, je ne peux que dire que la vision qu’on a, quand on se trouve « dans l’œil de la tempête », est unique.
    • Controverses et changements virevoltent autour de nous, mais nous devons demeurer calmes et penser clairement au cap à maintenir pour atteindre nos objectifs.
  • Cela concerne tous ceux qui sont ici aujourd’hui, qui travaillent dans l’industrie de la mise en valeur des ressources énergétiques au Canada, et qui ont voix au chapitre.
    • J’aimerais ainsi vous lancer un défi, soit de voir comment, dans vos organisations respectives, vous pouvez vous concentrer sur la sécurité (et le rendement opérationnel), assurer une meilleure participation et faire preuve de leadership, même alors que la tempête fait rage, comme c’est le cas maintenant.
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